Etude sur mandat de la SRG SSR
Si les votations avaient eu lieu dès le 23 mai 2026, l’initiative de l’UDC pour la durabilité aurait été rejetée. La loi sur le service civil se serait traduite en revanche par une impasse. Au fil de la campagne, ces deux projets mis aux votations du 14 juin 2026 ont été saisis par une tendance au Non. Pour une initiative, il s’agit là d’un cas normal de formation de l’opinion, mais pour un projet émanant des autorités en revanche – et malgré une concentration d’occurrences dans un passé récent – il s’agit d’un cas exceptionnel.
Les opinions respectives sur les deux projets ne se situent pas au même stade de formation. Avec l’initiative de l’UDC pour la durabilité, les opinions se présentent de plus en plus affermies ; 87 %, soit un pourcentage en hausse, manifestent une approbation ou un refus clair(e) et net(te). Concernant la modification de la loi sur le service civil, la formation de l’opinion est à la traîne et à considérer comme moyenne à avancée ; 68 %, soit ici aussi un pourcentage accru, disent clairement l’approuver ou s’y opposer. L’argumentaire charpentant les décisions de vote demeure puissant dans l’Initiative pour la durabilité de l’UDC. Il l’est moins avec la modification de la loi sur le service civil, mais il s’est développé pendant le déroulement de la campagne.
L’intention de participer au scrutin s’est développée elle aussi et, avec 54 % déjà avant l’échéance des votations, elle dépasse nettement la moyenne à long terme de 47,1 % entre 2011 et 2024 selon l’OFS.
Ces résultats constituent une « photographie dans l’instant » à environ trois semaines du dimanche des votations et ils ne constituent aucunement un pronostic de leur issue. Ils peuvent cependant être interprétés aussi comme des tendances lorsque l’on compare les vagues d’enquête. Toutes les indications fournies valent avec une probabilité de 95 % affectée d’une marge d’imprécision de ±2,8 %.
Les constats de l’enquête font l’objet d’un positionnement théorique par le gfs.bern à l’aide de l’approche dispositionnelle.
Ici sont disponibles des informations de fond sur les projets objets des votations du 14 juin 2026, et ici sur la méthode des enquêtes de tendance SRG.
En outre, vous pouvez télécharger ici un recueil complet de graphiques et ici le moniteur électoral actuel du Centre de recherche sur l’opinion publique et la société (fög) concernant la situation médiatique dans la campagne électorale en cours..
Les intentions de vote actuelles tendent vers le Non
En cette fin du mois de mai, l’Initiative populaire « Pas de Suisse à 10 millions ! » ne se trouve plus dans l’impasse comme au cours de la première vague d’enquête. Actuellement, 45 % de l’électorat désireux de participer voterait certainement ou plutôt Pour elle, tandis que 52 % voteraient certainement ou plutôt Contre. 3 % restent indécis. De la sorte, une tendance au Non s’est formée depuis la première vague d’enquête.
L’estimation de l’issue des votations a évolué de façon diamétralement opposée : Si au cours de la première vague on s’attendait encore en moyenne à 49 % de voix Oui, 55 % en cette fin mai s’attendent à une acceptation de l’initiative. De la sorte, les intentions de vote actuelles se décalent en direction d’un rejet, tandis que l’attitude d’attente suggère, fait nouveau, une acceptation sur le fil (moyenne : 50,2 %).
L’opinion se trouve à un stade de formation avancé
87 %, soit un pourcentage en hausse (+8 %) manifestent leur intention ferme de voter ; 10 % des personnes désireuses de participer, soit un pourcentage en baisse (-5 %) indiquent ne pas avoir encore d’intention de vote ferme, et seulement 3 % sont totalement indécises (soit -3 %).
L’ancrage des décisions de vote sur des arguments s’est également affermi : les intentions de vote manifestées concordent fortement avec les évaluations des arguments. Par-delà la phase principale de campagne pour les votations, le tableau d’opinions s’avère par conséquent avancé. Les rapports de majorité continuant à être serrés, des effets de mobilisation durant la suite de la campagne pour les votations conservent un rôle décisif.
Le schéma conflictuel préliminaire : il porte une empreinte politique mais se consolide plus fortement en direction du Non.
Le schéma conflictuel de l’initiative perdure en premier lieu dans sa structuration politique. Dans l’entourage de l’UDC, l’approbation continue à former quasiment bloc, tandis que l’initiative est clairement rejetée dans l’entourage du PES, du PS et du PVL. Au centre de l’échiquier politique, la situation s’est plus fortement décalée vers le Non comparé à la première vague d’enquête : Aussi bien chez les sympathisants-es du Centre que chez celles et ceux du PLR, le refus est devenu plus net. Les Indépendants demeurent divisés, mais ils ne tendent plus légèrement vers le Oui comme au cours de la première vague et sont pratiquement en état d’équilibre.
La confiance envers le gouvernement elle aussi demeure un facteur structurant central. Les personnes qui ne lui font pas confiance continuent à soutenir l’initiative en nette majorité, tandis que les titulaires du droit de vote lui faisant confiance sont clairement ancrés dans le camp du Non. De la sorte se confirme la ligne de conflit séparant les groupes critiques envers le système de ceux qui lui font confiance.
Les différences sociodémographiques restent au deuxième rang par rapport aux facteurs politiques, mais elles se sont en partie accentuées. Les hommes demeurent plutôt ouverts à l’initiative, tandis que les femmes, maintenant, campent clairement sur une position de refus. Une observation par âges fait ressortir surtout que les titulaires du droit de vote jeunes et âgés tendent plus fortement vers le Non, tandis que le groupe d’âges moyens reste divisé (49 % certainement/plutôt Pour vs 48 % certainement/plutôt Contre). Chez les 18 à 29 ans, l’approbation tombe au plus bas avec 36 %, et elle affiche un recul de 3 % comparé à la première vague d’enquête.
De même inférieurs à la moyenne sont les chiffres d’approbation chez les 30 à 39 ans (43 % certainement/plutôt Pour), et chez les plus de 70 ans (44 % certainement/plutôt Pour). Un paradoxe net ressort avec le paramètre Éducation. Les personnes ayant un niveau d’éducation réduit ou moyen continuent à soutenir en majorité l’initiative, celles détenant un haut niveau d’éducation élevé ont intensifié leur refus.
Sur le plan géographique aussi, la tendance au Non s’est élargie. La Suisse germanophone oppose un Non de justesse au projet ; la Suisse francophone lui oppose, elle, un Non clair. . Là-bas et comparé à la première vague d’enquête, ce sont notamment les personnes indécises qui se sont déplacées plutôt vers le Non. Les intentions de vote en Suisse italophone par contre restent plus serrés et tendent avec une légère majorité vers l’approbation. Une observation par type d’habitat montre un schéma qui s’est encore accentué depuis la première vague d’enquête : sur les territoires ruraux, la majorité en faveur du Oui se consolide (53 % certainement/plutôt pour, +2 %), tandis que les territoires urbains refusent plus clairement le projet qu’il y a encore un mois (55 % certainement/plutôt contre, +4 %). Sur les territoires intermédiaires, l’initiative conserve certes sa capacité de réunir une majorité, mais l’avance des approbateurs s’est érodée (50 % certainement/plutôt pour soit -3 % ; 47 % certainement/plutôt contre, soit +7 %). Les personnes auparavant indécises semblent ici se tourner plus fortement vers le camp du Non. Les Suisses de l’étranger demeurent nettement plus critiques que les personnes interrogées domiciliées en Suisse.
De la sorte, le schéma conflictuel n’a pas connu de changement fondamental depuis la première vague d’enquête. Cependant, le refus s’est visiblement consolidé dans plusieurs groupes du centre politique, chez les titulaires du droit de vote proches du gouvernement, chez les femmes, les personnes détentrices d’un haut niveau d’éducation ainsi que sur les territoires urbains et francophones.
Argumentaire : La charge pesant sur la Suisse demeure clairement capable de réunir une majorité, mais le tableau argumentatif d’ensemble bascule dans le Non.
Aussi au cours de la seconde vague d’enquête, les arguments pour l’Initiative populaire « Pas de Suisse à 10 millions ! » demeurent capables de capter de l’approbation. La perception du fait que l’infrastructure dans les domaines de l’habitat, des transports, des écoles et des hôpitaux est de plus en plus surchargée par la croissance démographique continue à mobiliser le plus fortement l’attention (73 %, soit -3 %). Demeurent également capables de réunir une majorité de justesse les deux exigences d’une limitation de la population pour protéger les bases naturelles de l’existence (52 %, soit -4 %), et l’argument d’un pilotage plus conséquent de l’immigration afin d’endiguer la criminalité et la violence (51 %, soit +2 %).
Les arguments Contre restent eux aussi stables dans leur capacité à réunir une majorité : 65 % des personnes souscrivent aux deux affirmations selon lesquelles la voie bilatérale avec l’UE est importante pour la Suisse (-1 %) et qu’il ne faut pas la mettre en danger, et que la Suisse dépend de l’immigration pour couvrir ses besoins en main-d’œuvre spécialisée (-1 %). Un peut moins puissant mais lui aussi capable de réunir une majorité, est l’argument selon lequel un plafond arbitrairement fixé à 10 millions d’habitants-es préjudicierait à l’économie suisse et ainsi à son niveau de vie (54 %, soit +3 %).
Comparé à la première vague d’enquête, l’argumentaire dans son ensemble s’est déplacé vers le camp des adversaires. L’indice des arguments bascule, passant d’un léger excédent de Oui à un refus argumentatif de justesse. En termes d’argumentaire, 52 % penchent vers le camp du Non, 46 % vers le camp du Oui. 2 % demeurent indifférents. De la sorte, le jugement porté sur le contenu des arguments reflète le décalage des intentions de vote en direction du Non.
Tendance dans la formation de l’opinion
Le scénario du cas général d’une initiative est le suivant : pendant la campagne pour les votations, la propension au refus d’une initiative populaire augmente. Simultanément diminue la tendance à l’approbation. Ce cas normal ne se produit pas lorsque l’on en vient à une votation protestataire proprement dite parce que la pression qu’exerce le problème est forte et que des titulaires du droit de vote supplémentaires sont mobilisés.
Avec l’Initiative populaire « Pas de Suisse à 10 millions ! », c’est plutôt une évolution classique d’initiative qui se dessine au cours de la seconde vague d’enquête. Le coude à coude révélé par la première vague d’enquête s’est transformé en tendance au Non. Simultanément, l’attitude d’attente demeure positionnée autrement : tandis que les intentions de vote actuelles tendent en direction du refus, une majorité de titulaires du droit de vote désirant participer s’attend à une adoption de l’initiative, ce qui constitue un fait nouveau. Cette évolution en sens contraire indique qu’au sein de la société cette problématique continue d’être perçue comme génératrice d’écho, mais que l’intention de vote concrète s’oriente plus fortement sur les risques liés à l’initiative.
A ce titre, la question de l’immigration n’est pas nouvelle : depuis des années déjà, elle porte une empreinte politique. En 2014 déjà, l’Initiative populaire « Contre l’immigration de masse » avait montré que les exigences de limitations étaient capables de mobiliser en Suisse et qu’elles pouvaient développer de la résonance par-delà l’environnement classique de l’UDC. A la différence des dynamiques de votation d’alors, les positions étaient affermies d’avance dans le cas actuel. Par conséquent, un effet détabouisant proprement dit n’est pas reconnaissable.
Au contraire, des arguments à charge connus se heurtent à des contre-arguments tout aussi connus sur les besoins en main-d’œuvre spécialisée, sur les relations bilatérales et sur les risques économiques.
Le schéma conflictuel conserve sa forte effigie politique. L’approbation continue à être particulièrement forte dans l’environnement de l’UDC et chez les titulaires du droit de vote critiques envers le gouvernement. Par contre, le refus s’est renforcé dans le camp de gauche, dans certains pans du centre politique, chez les titulaires du droit de vote proches du gouvernement, les personnes détentrices d’un haut niveau d’éducation, chez les femmes, sur les territoires urbains et francophones. Ce sont surtout le centre de l’échiquier politique et les titulaires du droit de vote indépendants qui devraient probablement décider de l’issue de la votation.
A l’heure actuelle, rien n’indique l’existence d’une dynamique protestataire inhabituelle en faveur de l’initiative. Au contraire, le projet se meut dans le cadre d’une campagne classique pour les votations, même si elle continue aussi d’être serrée. Vu le stade avancé de formation de l’opinion, ce sont moins des changements fondamentaux de position au cours de la suite du déroulement que des effets de mobilisation qui devraient être décisifs. Il faut tenir compte du fait que l’enquête a été réalisée avant l’attaque au couteau de Winterthur. De tels événements sont de nature à influencer à court terme la mobilisation de certains camps sur fond de tableaux d’opinion comparativement affermis, ainsi que la pondération affectée à certains thèmes et évaluations. L’aspect déterminant sera celui-ci : si le camp du Oui parvient à mobiliser plus de groupes critiques envers le gouvernement, ruraux et moins tournés vers l’éducation, ou si le camp du Non continue à cimenter sa consolidation chez les femmes, les personnes ayant un haut niveau d’éducation, celles vivant en ville et chez les titulaires du droit de vote francophones.
Intentions de vote actuellement équilibrées
Si la votation sur la modification de la loi sur le service civil avait eu lieu dès le 23 mai 2026, le résultat aurait été une impasse. 48 % des personnes désireuses de participer veulent certainement ou plutôt voter pour le projet. 46 % sont certainement ou plutôt contre. 6 % persistent dans leur irrésolution (-2 %) Le camp adverse est parvenu à regagner du terrain (+6 %) pendant le déroulement de la campagne, tandis que le camp approbateur voyait son soutien s’éroder (-4 %).
Relativement à l’issue attendue de la votation, l’impression que le projet va être adopté s’est toutefois renforcée. Un pourcentage en hausse de titulaires du droit de vote désirant participer (65 %, soit +4 %) s’attend à une adoption du projet, et 35 % (soit -4 %) s’attendent à ce qu’il soit refusé. En moyenne, la part de Oui est estimée à 51,6 %. De la sorte, l’issue attendue se maintient de justesse dans le camp du Oui, mais elle n’a évolué que légèrement en faveur du projet.
Stade de formation de l’opinion : moyen à avancé
68 % des personnes désireuses de participer manifestent une opinion cimentée en faveur ou défaveur du projet. Comparé à la première vague d’enquête, cette part a nettement augmenté (+11 %). 6 % demeurent indécis (-2 %). Près des deux tiers des intentions de vote se laissent expliquer avec les arguments vérifiés (le taux d’explication de la régression se chiffre à 65,1 %). Le stade de formation de l’opinion est donc à considérer comme moyen à avancé.
Certes les opinions se sont plus intensément affermies au fil de la campagne, mais il reste simultanément de la place pour d’autres effets de la campagne. En raison justement des rapports de majorité pratiquement équilibrés, la mobilisation et la suite de l’encadrement argumentatif jouent un rôle décisif en phase terminale.
Le schéma conflictuel préliminaire : son cachet est en premier lieu politique, avec une vaste tendance au Non.
Le schéma conflictuel demeure en premier lieu marqué par la politique, mais il a continué de s’intensifier au cours de la campagne. La plus forte scission continue à se manifester le long de l’attachement à un parti. Les bases des Verts et du PS refusent le projet encore plus nettement que lors de la première vague d’enquête. La base du PVL, qui elle aussi s’était montrée critique en majorité relative au cours de la première vague d’enquête, continue à migrer en direction d’une décision de voter Non. Du côté des partis bourgeois, l’approbation demeure élevée au sein du PLR et de l’UDC. Chez les sympathisants-es du Centre et les Indépendants, l’approbation régresse certes, mais des majorités approbatrices demeurent dans ces deux groupes.
Le schéma considéré selon la confiance envers le gouvernement retient l’attention. Chez les personnes faisant confiance au gouvernement, l’approbation recule. Ce groupe bascule ainsi d’une majorité de Oui relative en direction du Non. Chez les personnes éprouvant de la méfiance envers le gouvernement, l’approbation majoritaire se maintient. De la sorte se confirme une constellation atypique pour un projet émanant du gouvernement : ce projet est plus fortement soutenu par les milieux critiques envers le gouvernement que par les personnes qui lui font confiance et désireuses de participer.
La tendance au Non s’avère large. Chez les femmes, la situation de départ est en train de basculer, de l’impasse en direction d’une majorité de Non sur le fil.
Chez les hommes, les choses bougent moins, de sorte que l’approbation demeure majoritaire. Une observation par âges montre que le groupe le plus jeune demeure critique, tandis que dans les deux groupes plus âgés des majorités de Oui se maintiennent malgré des tendances au Non reconnaissables.
Par région linguistique, la Suisse germanophone reste la plus encline à approuver, mais sa part de Oui s’érode. En Suisse francophone, le projet continue à faire l’objet d’un jugement critique. Là-bas, la part de Non augmente jusqu’à constituer une majorité absolue. En Suisse italophone, la part de Oui demeure stable à 50 %, tandis que l’indécision en faveur d’une augmentation de la part de Non perd nettement du terrain. Par type d’habitat, un décalage en direction du Non se manifeste également sur tous les territoires : les territoires ruraux et intermédiaires conservent leur tendance plus approbatrice, tandis que les territoires urbains basculent vers une décision de voter Non.
Des effets de catégorie sociale sont visibles, mais ils marquent moins fortement le schéma conflictuel. Un examen par niveaux d’éducation montre une approbation en recul dans tous les groupes ou tout au plus un maintien de sa stabilité. En particulier chez les personnes détenant un haut niveau d’éducation scolaire, le projet se rapproche d’une majorité de refus. Dans toutes les catégories de revenus des foyers, la tendance au Non est largement reconnaissable sans toutefois que n’apparaisse de schéma distinctif clair lié au revenu.
Argumentaire : assurer l’opérationnalité de l’armée vs un affaiblissement inutile du service civil.
Les arguments Pour visant la modification de la loi sur le service civil demeurent stables dans leur capacité à réunir une majorité. L’argument continuant à convaincre le plus fortement est que les effectifs et l’opérationnalité de l’armée suisse doivent être assurés à long terme (72 % plutôt/entièrement d’accord, soit -1 %). L’affirmation selon laquelle les personnes astreintes au service civil ne doivent pas être avantagées par rapport à leurs homologues astreintes au service militaire lors de la planification des missions et pour en tirer professionnellement parti continue à rencontrer un vaste soutien (67 %, soit -2 %). La durée minimale de 150 jours de service continue elle aussi à être majoritairement approuvée (58 %, soit -2 %).
Les arguments Contre gagnent légèrement du terrain, mais un seul d’entre eux est parvenu à bénéficier d’un soutien majoritaire. La plus forte approbation reçoit la critique selon laquelle une dissuasion d’accomplir le service civil nuirait à la société parce qu’ainsi de nombreuses missions de soins, d’éducation et de protection de l’environnement disparaîtraient (53 %, soit +3 %). Elle est talonnée par l’affirmation selon laquelle des règles plus strictes affaibliraient inutilement le service civil sans pour autant renforcer l’armée (49 %, +3 %). L’argument de la discrimination et de l’anti-constitutionnalité demeure plus faible et atteint seulement 41 % d’approbation (+1 %).
L’indexation montre le maintien d’un avantage argumentatif en faveur du projet, mais cet avantage s’avère moins important qu’au cours de la première vague d’enquête. 55 % présentent un excédent argumentatif penchant vers le camp du Oui, 38 % un excédent vers le camp du Non, et 7 % restent indifférents. La proximité avec le Oui par le contenu est toutefois en train de diminuer (-4 %), tandis que celle avec le Non augmente (+3 %).
L’analyse de l’effet confirme cette image. Dans le camp Pour, ces trois arguments continuent tous d’apporter de l’eau au moulin de l’approbation du projet. L’argument portant sur la sécurisation de l’armée à long terme produit l’effet le plus puissant. Demeurent également pertinents la durée minimale de 150 jours de service ainsi que l’évitement d’avantages vis-à-vis des personnes astreintes au service militaire. Dans le camp Contre, l’argument générateur d’un intense refus est celui selon lequel des règles plus sévères affaibliraient inutilement le service civil sans renforcer l’armée. De même, le souci de voir disparaître des missions de société dans les soins, l’éducation et l’environnement est associé à une intention de voter Non.
Tendance dans la formation de l’opinion
Du point de vue de l’approche dispositionnelle, la formation de l’opinion envers la modification de la loi sur le service civil est devenue plus ouverte au cours de la seconde vague d’enquête. Les intentions de vote ne montrent plus aucun avantage clair du camp approbateur : l’avance du Oui notée au cours de la première vague d’enquête a disparu, tandis que la part de Non a augmenté. Pour un projet des autorités, cette dynamique est remarquable parce que normalement c’est plutôt un rapprochement en direction de la position du Conseil fédéral et du Parlement qui se manifeste.
Le projet continue toutefois de disposer d’avantages structurels. Les arguments centraux en faveur du Oui demeurent capables de recueillir une majorité, notamment la sécurisation des effectifs et l’opérationnalité de l’armée. Une majorité des personnes désireuses de participer s’attend en outre à ce que le projet soit accepté. Simultanément, la formation de l’opinion n’a que moyennement progressé, ce qui dans une situation d’impasse laisse de la marge pour d’autres effets de la campagne et de la mobilisation.
Au Centre figure à ce titre le projet principal mis au vote le 14 juin 2026, l’initiative relative à une « Suisse à 10 millions ». La dynamique et les effets de cette discussion codécident de la formation finale de l’opinion sur la modification de la loi sur le service civil.
La dynamique parle actuellement plus fortement en faveur du camp adverse. La tendance au Non se manifeste à grande échelle, transversalement dans différents groupes de la société, et les arguments Contre gagnent du terrain. La critique selon laquelle des règles plus sévères affaibliraient inutilement le service civil sans pour autant renforcer l’armée s’avère particulièrement efficace. De la sorte, le camp du Non réussi de mieux en mieux à inspirer des doutes envers le projet. Le débat s’éloigne d’un argumentaire politico-sécuritaire pour se rapprocher d’une plus forte mise en balance entre les besoins de l’armée, l’équité vis-à-vis des personnes astreintes au service militaire et l’utilité du service civil pour la société.
Dans l’ensemble, la structure continue de pencher vers le camp approbateur mais la dynamique, elle, vers le camp adverse. De la sorte, l’issue demeure ouverte.
Jusqu’à présent, intention supérieure à la moyenne de participer aux votations du 14 juin 2026
Remarque concernant l’interprétation de l’intention de participation : Les analyses relatives à l’intention de participation se fondent sur un échantillon plus restreint que l’échantillon total, soit N = 514 personnes interrogées (entretiens CATI uniquement). En conséquence, la marge d’erreur statistique est plus importante ; l’erreur d’échantillonnage est d’environ ±4,3 points de pourcentage. Les différences et les variations au sein de ces analyses doivent donc être interprétées avec la prudence qui s’impose, en particulier dans les sous-groupes plus restreints de l’échantillon (par exemple par parti, où l’erreur d’échantillonnage est encore plus élevée).
La volonté jusqu’à présent mesurée de participer aux votations du 14 juin 2026 se situe avec 54 % au-dessus de la moyenne à long terme (47,1 % entre 2011 et 2024 selon l’OFS). Comparé à la première vague d’enquête, cela correspond à une augmentation de 4 %. Au cours de cette phase avancée de la campagne pour les votations, les deux projets mobilisent ainsi de vastes pans de la population.
Cette valeur devrait toutefois encore augmenter à l’approche du dimanche des votations, ce qui laisse présager une participation supérieure à la moyenne au scrutin du 14 juin 2026.
Profil des personnes désireuses de participer
Actuellement, les sympathisants-es des Verts et du Centre sont particulièrement fortement mobilisés. Comparé à la première vague d’enquête, les deux groupes se sont nettement plus fortement activés. Les sympathisants-es du PVL eux aussi se sont plus fortement mobilisés comparé à la première vague d’enquête, mais ils restent en dessous de la moyenne nationale. Chez les titulaires du droit de vote proches du PS, du PLR et de l’UDC en revanche, l’intention de vote ferme régresse. Malgré cette régression, les sympathisants-es du PS et de l’UDC continuent à être mobilisés plus fortement que la moyenne, tandis que celles et ceux du PLR sont moins mobilisés que la moyenne. Et les Indépendants, eux aussi, continuent d’être mobilisés en dessous de la moyenne.
Pour la confiance envers le gouvernement, le schéma de la mobilisation s’inverse comparé à la première vague d’enquête. Les titulaires du droit de vote faisant confiance au gouvernement manifestent – fait nouveau – une ferme intention de vote nettement supérieure à la moyenne. Les milieux qui en revanche se méfient de lui reviennent en dessous de la moyenne.
Une observation différenciée par catégories d’âges montre un net décalage de la mobilisation en faveur des titulaires du droit de vote moins jeunes. Chez les moins de 40 ans, l’intention ferme de participer a reculé et se situe maintenant clairement en dessous de la moyenne.
Comparativement à cela, elle a augmenté chez les plus de 40 ans et se situe maintenant au-dessus de la moyenne. Sur le plan spécifique des sexes, le profil s’est lui aussi décalé : maintenant, les hommes sont mobilisés moins que la moyenne et les femmes plus que la moyenne.
Une observation par niveaux de revenus ne montre aucune tendance uniforme : l’intention ferme de participer a nettement diminué chez les titulaires du droit de vote dont le foyer dispose de jusqu’à 3’000 francs : ces personnes sont mobilisées clairement moins que la moyenne. Par contre, les personnes dont le foyer perçoit des revenus très élevés sont, elles, très mobilisées. Une observation par niveaux d’éducation montre une nette sélectivité sociale : chez les personnes détenant un haut niveau d’éducation, l’intention ferme de participer a augmenté pour dépasser la moyenne, tandis que chez celles détenant un niveau d’éducation moins élevé elle a connu une régression nette et persiste en dessous de la moyenne.
En termes de langues régionales, les différences se sont légèrement aplanies. La Suisse germanophone demeure mobilisée légèrement plus que la moyenne, tandis que la Suisse francophone et son homologue italophone se situe légèrement en dessous, mais après une remontée. Sur les territoires urbains, l’intention ferme d’aller voter est entre-temps passée au-dessus de la moyenne, tandis que les territoires ruraux et intermédiaires sont, eux, moins mobilisés que la moyenne. Au fil de la campagne pour les votations, le débat devrait se propager à d’autres milieux. De la sorte, la composition du corps électoral est susceptible de changer d’ici le 14 juin 2026.
Deuxième session de l’enquête Trend SRG-SSR sur les votations du 14 juin 2026, réalisée par l’institut de recherche gfs.bern entre le 19 mai et le 27 mai 2026 auprès de 19’400 titulaires du droit de vote. La marge d’erreur statistique est donc de +/- 2.8 points de pourcentage.
La partie téléphonique de l’enquête présente a été réalisée par le Service d’enquête gfs, l’institut de recherche gfs.bern est en charge de l’évaluation et de l’analyse des données. Le sondage suit la procédure RDD/Dual Frame, via les réseaux fixe et mobile.
Dans le cadre du mandat SSR, le sondage téléphonique des électeurs est complété par un sondage en ligne depuis l’automne 2018, afin de renforcer la taille d’échantillonnage en Suisse romande et au Tessin. La partie en ligne a été réalisée sous forme de sondage opt-in (sondage participatif) via les portails en ligne de SRG SSR Médias.
Depuis le début de l’année 2024, avec l’aide de Boomerang Ideas, nous réalisons également des enquêtes systématiques sur les médias sociaux.
Nous ne pouvons émettre aucune affirmation sur la majorité des cantons vu que le nombre de personnes interrogées ne suffit pas pour effectuer des analyses assurées au niveau cantonal.
Vous trouverez ici plus d’informations sur la théorie et la méthode des sondages SRG Trend.
Rapport technique succinct
Commettant : Conférence CR de la SRG SSR
Corpus de base : Titulaires du droit de vote Suisses
Origine des adresses CATI : Plan d’échantillonnage Gabler/Häder pour RDD/dual-frame; corrigé par liste Swiss Interview
Origine des adresses en ligne : Sondage opt-in via les portails Internet de SRG SSR
Relevé des données : par téléphone, assisté par ordinateur (CATI) et en ligne
Nature de l’échantillonnage CATI : randomisé/par régions linguistiques; méthode de la date de naissance dans le foyer selon régions linguistiques
Nature de l’échantillonnage en ligne : Sondage de participation ouvert
Période d’enquête : 19 mai– 27 mai 2026
Jour médian de l’enquête : 23 mai 2026
Taille des échantillons : minimum 1’200, réel 19’400 (Cati: 514, Online: 18’387, Boomerang Ideas: 499), n DCH: 15’625, n FCH: 3’307, n ICH: 468
Erreur d’échantillonnage : ± 2.8 points de pourcentage d’une valeur de 50% (et probabilité de 95%)
Particularités des quotas CATI : régions linguistiques
Particularités des quotas en ligne : –
Pondération selon : Pondération dual-frame, langue, lieu de résidence, affinité avec un parti, recall, participation, pondération méthodologique
Durée de l’enquête moyenne CATI : 11.3 minutes (écart-type : 2.7 minutes)
Publication : 03 juin 2026, 6h00