Pour le compte de Jan Flückiger et Adrian Reber, Association des entreprises électriques suisses AES
Équipe: Urs Bieri Sophie Schäfer Jenny Roberts
Pour le compte de l’Association des entreprises électriques suisses (AES), l’institut de recherche gfs.bern a réalisé un sondage auprès de 1015 électrices et électeurs. Comme les années précédentes, 710 personnes ont été sélectionnées selon la méthode «Random Digit Dialing (RDD)» pour un entretien par téléphone. 305 entretiens ont été réalisés par le biais du panel «Polittrends» de gfs.bern.
L’enquête a eu lieu entre le 23 mars et le 15 avril 2026. Elle met en lumière des thèmes clés de la politique énergétique et de la sécurité d’approvisionnement. Toutes les données s’appliquent avec une probabilité de 95% et une fourchette d’incertitude de ±3,1 points de pourcentage.
Vous trouverez des informations détaillées sur la méthode de sondage dans l’encadré à la fin du cockpit.
Politique énergétique
L’enquête s’est déroulée dans un contexte fortement marqué par la politique énergétique. Sur le plan de la politique intérieure, l’énergie nucléaire est revenue clairement au centre des débats: en mars 2026, le Conseil des États a accepté le principe de la levée de l’interdiction de construire de nouvelles centrales nucléaires, sous forme de contre-projet indirect à l’initiative dite «Stop au blackout». La question de savoir si la sécurité d’approvisionnement devait à nouveau s’ouvrir plus clairement aux différentes technologies est ainsi revenue au centre des préoccupations politiques. Parallèlement, l’accord sur l’électricité avec l’UE reste à l’agenda de la politique énergétique; après la transmission du message au Parlement en mars 2026, il a fait l’objet de discussions quant à sa contribution à la stabilité du réseau, au négoce d’électricité et à la sécurité d’approvisionnement. En outre, l’instabilité internationale a marqué le débat sur la politique énergétique. La guerre en Iran et la situation parfois tendue autour du détroit d’Ormuz ont remis au premier plan les questions de l’approvisionnement énergétique, de la dépendance vis-à-vis des marchés internationaux et de la stabilité des prix.
L’approvisionnement de la Suisse en produits pétroliers restait certes assuré selon la Confédération, mais la situation mondiale en matière d’approvisionnement était jugée délicate.
Dans ce contexte, l’évaluation un peu plus critique de la politique énergétique suisse doit également être interprétée comme l’expression d’une plus grande incertitude. Ainsi, en 2026, une faible majorité des électrices et électeurs soutient la politique énergétique suisse (52%). Cela représente un recul de 7 points de pourcentage par rapport à l’année précédente. Nous observons donc bien une vision un peu plus critique de la politique énergétique par rapport aux années précédentes, quand bien même la proportion de personnes en désaccord n’a augmenté que de 3 points de pourcentage (42%).
C’est en observant les évaluations de la politique énergétique et climatique en Suisse que l’on voit plus clairement d’où viennent les plus vives critiques.
Le soutien accordé aux énergies renouvelables reste le plus ancré. Ainsi, en 2026, 80% des électrices et électeurs approuvent l’affirmation selon laquelle promouvoir des formes d’énergies renouvelables concrétise la protection du climat. L’idée que la nouvelle loi sur l’électricité constituerait une étape significative pour l’avenir énergétique de la Suisse recueille également un très large soutien (76%). En parallèle, l’indépendance énergétique reste également un aspect central. 72% estiment que promouvoir des énergies renouvelables est le meilleur moyen de lutter contre la dépendance énergétique vis-à-vis de l’étranger. La revendication visant à mettre fin à la dépendance aux énergies fossiles provenant de pays non démocratiques (70%) reçoit également un large soutien, même si elle est en légère baisse par rapport à 2025 (-4 points de pourcentage [pp]).
L’urgence d’agir dans le domaine de la politique énergétique s’accentue à nouveau, comme en témoignent les 67% d’électrices et électeurs estimant que la transition énergétique en Suisse progresse trop lentement (+4 pp). Pourtant, les critiques continuent de susciter un large écho. 64% estiment que les énergies renouvelables ne suffisent pas à couvrir les besoins en électricité de la Suisse. La sécurité d’approvisionnement reste donc sujette à de fortes tensions dans les débats sur la politique énergétique.
Le refus d’imposer des charges supplémentaires aux entreprises est moins unanime, mais il continue d’attirer la majorité. 54% sont contre l’idée d’alourdir la charge des entreprises suisses par des taxes énergétiques supplémentaires. Parallèlement, 51% dénoncent le fait que la poursuite de la politique énergétique actuelle entraîne des pannes d’électricité dans certaines parties de la Suisse. L’augmentation de 10% par rapport à l’année précédente illustre une fois de plus l’incertitude au sein de la population et la nécessité d’action ressentie. Simultanément, le scepticisme vis-à-vis de la transition énergétique perd du terrain. Ainsi, la part de personnes qui estiment que la catastrophe climatique ne peut plus être évitée sans un passage immédiat aux sources d’énergie renouvelable s’élève désormais à 50% (-6 pp). L’affirmation selon laquelle la transition énergétique serait trop coûteuse recueille un peu moins d’adhésion (47%). En revanche, seule une minorité estime que la transition énergétique en Suisse va beaucoup trop loin (37%).
Le soutien aux énergies renouvelables et la stratégie de la politique énergétique suisse continuent à recevoir un large soutien. La pression s’intensifie néanmoins pour que les questions de sécurité d’approvisionnement soient davantage prises en compte. La transition énergétique n’est donc pas remise en question par une majorité, mais sa mise en œuvre concrète reste controversée.
Conformément à cette observation, la sécurité d’approvisionnement future suscite de plus en plus d’inquiétudes. On observe un nombre croissant de personnes s’inquiétant de savoir si la voie empruntée dans le domaine de la politique énergétique entraînera des problèmes en matière de sécurité d’approvisionnement.
Alors que 51% déclaraient avoir des inquiétudes à ce sujet l’année dernière, elles sont 58% cette année. Parallèlement, la part de personnes qui déclarent ne pas s’inquiéter passe de 48% à 37%.
Sécurité d’approvisionnement
Dans le trilemme de la production d’électricité – sécurité d’approvisionnement, prix de l’électricité et production d’énergie neutre sur le plan climatique – la garantie de la sécurité d’approvisionnement reste la priorité la plus fréquemment citée en 2025 (45%).
En revanche, la priorité accordée à la production d’énergie neutre sur le plan climatique a légèrement reculé (26%, -5 pp).
En ce qui concerne la gestion des conflits d’objectifs au sein de la production d’électricité, une opinion similaire se dégage cette année encore parmi les électrices et électeurs: dans les trois affirmations qui recueillent le plus de soutien, la production d’électricité neutre sur le plan climatique et durable est placée après le prix de l’électricité, la sécurité d’approvisionnement et la protection des paysages, cette dernière étant toutefois remise en cause dans le contexte de la priorité accordée à la production nationale d’énergies renouvelables.
L’affirmation selon laquelle la mise en place d’une production d’énergie durable ne devrait pas faire grimper drastiquement le prix de l’électricité continue à recevoir le plus de soutien. 70% sont d’accord avec cette position, même si l’approbation est en légère baisse par rapport à l’année précédente (-6 pp). La priorité accordée à la sécurité d’approvisionnement continue également à recueillir un soutien majoritaire: 63% des personnes estiment que la Suisse ne peut pas se permettre des coupures d’électricité, même si cela signifie ne pas atteindre pleinement les objectifs climatiques et énergétiques (-5 pp). Bien que la perception immédiate d’une crise qui serait liée à une pénurie d’électricité s’est quelque peu atténuée, la sécurité d’approvisionnement reste un thème central de la politique énergétique. L’affirmation selon laquelle la transition énergétique ne serait pas une excuse pour abandonner la protection des paysages continue également à recevoir un soutien majoritaire (60%).
En même temps, l’importance de la production nationale d’énergie augmente. 58% soutiennent désormais l’affirmation selon laquelle il faudrait augmenter la production d’énergies renouvelables en Suisse, même si cela nécessite des compromis en matière de protection de l’environnement (+8 pp). Parallèlement, le soutien à une transition énergétique rapide reste également majoritaire, quel que soit son coût (52%). Néanmoins, la propension à prendre des risques plus importants diminue: seules 36% des personnes seraient prêtes à accepter des coupures de courant au profit d’une mise en œuvre rigoureuse de la transition énergétique (-8 pp). Cette position atteint ainsi son niveau le plus bas depuis le début des relevés.
La nette ouverture à l’égard de l’énergie nucléaire est également frappante. Pour la première fois, la moitié des électrices et électeurs (50%) affirment préférer une nouvelle centrale nucléaire plutôt qu’un grand nombre de nouvelles centrales électriques telles que des éoliennes, des installations solaires ou des barrages (+9 pp).
Mesures visant à garantir la sécurité d’approvisionnement
On observe également une plus forte évolution des préférences en 2026 qu’en 2024/2025 en ce qui concerne les mesures politiques contre une éventuelle pénurie d’électricité. Les mesures qui renforcent le développement de la production nationale d’électricité ou augmentent l’efficacité énergétique bénéficient toujours d’un soutien particulièrement large. Simultanément, on constate un scepticisme croissant à l’égard du développement de certaines énergies renouvelables.
La promotion de l’efficacité énergétique reste le domaine qui reçoit le plus de soutien. 89% des électrices et électeurs estiment que les mesures correspondantes sont judicieuses (-4 pp). L’extension de la force hydraulique (85%, -7 pp) et celle des installations solaires sur les bâtiments et les façades (82%, -12 pp) ont également reçu une grande approbation. Malgré un recul par rapport à l’année précédente, ces mesures continuent à recueillir un soutien nettement majoritaire et à constituer le cœur d’une politique énergétique acceptable.
La disposition à investir dans la production d’énergie en tant que consommatrice ou consommateur reste élevée (82%).
Par ailleurs, le soutien élevé accordé aux centrales nucléaires déjà en place est frappant. 79% sont favorables à la poursuite de l’exploitation des centrales nucléaires tant qu’elles sont sûres. Ce niveau d’adhésion est ainsi comparable à celui de la technologie renouvelable bien établie de la biomasse (79%). Le développement de la géothermie (72%) et les incitations fiscales (71%) sont un peu moins populaires, mais continuent de recueillir une nette majorité de soutiens. Ces deux valeurs restent globalement stables par rapport à l’année précédente.
Le développement de l’énergie éolienne et de l’hydrogène continue également d’être soutenu par une nette majorité (68%). Une même proportion est en faveur de la limitation des recours contre les projets énergétiques afin d’accélérer leur développement (68%). Cette mesure a gagné 6 points de pourcentage par rapport à l’année précédente. En revanche, le soutien à la mesure sous forme de taxes d’incitation avec remboursement aux plus économes a diminué (66%, -6 pp). L’approbation des installations solaires dans les montagnes et sur les surfaces libres reste stable (62%). La volonté d’accélérer le développement de la production d’énergie nationale reste donc grande, même si cela nécessite des interventions dans les processus ou les paysages.
La majorité est favorable non seulement au maintien des centrales nucléaires en place, mais aussi à la construction de nouvelles centrales. Ainsi, 59% estiment que la construction de centrales nucléaires de nouvelle génération est judicieuse (+6 pp par rapport à 2025).
L’incertitude accrue se traduit également par l’approbation croissante de la construction de centrales au gaz en cas d’urgence dans l’approvisionnement (51%, +6 pp). La construction des types actuels de centrales nucléaires gagne également en popularité et atteint 48% en 2026 (+9 pp par rapport à 2025). Cette année, l’énergie nucléaire est donc perçue comme une option plus réaliste pour garantir l’approvisionnement en électricité à long terme.
En revanche, les interventions étatiques classiques restent nettement plus controversées. Les mesures politiques sous forme de régulations et d’interdictions (43%) obtiennent des taux d’approbation comparativement plus bas. Le soutien à l’augmentation des importations d’électricité en provenance de l’étranger est encore plus faible (25%). La population mise donc nettement plus sur le développement de la production nationale d’électricité que sur une plus grande dépendance vis-à-vis de l’étranger.
Loi sur l’électricité
Au cas où le développement de la production d’électricité décidé dans le cadre de la loi sur l’électricité ne suffirait pas, la population suisse continue de miser sur les énergies renouvelables plutôt que sur les centrales à gaz et nucléaires. Dans une telle situation, une majorité serait favorable à une plus grande part d’énergie solaire (56%) et d’hydraulique (49%). Tandis que le solaire gagne en popularité par rapport à l’année précédente (+6 pp), l’hydraulique en perd légèrement (-4 pp).
Près d’une personne sur trois opterait pour davantage d’énergie éolienne (29%). Les centrales nucléaires ont nettement gagné en popularité en ce qui concerne la question du manque de capacité (43%, +13 pp). Dans ce scénario, les centrales au gaz sont également plus souvent considérées comme une source alternative de production d’électricité (14%, +7 pp).
Si, malgré tous les efforts, il n’était pas possible de construire d’autres installations d’énergie solaire, éolienne et hydraulique, la population suisse continuerait à se prononcer plutôt en faveur des centrales nucléaires (58%, +9 pp) que des centrales au gaz (26%) comme solution supplémentaire de production d’électricité.
Installations de production d’électricité
En ce qui concerne la localisation concrète des nouvelles installations énergétiques, certains changements ont également été constatés par rapport à l’année précédente.
Les grandes installations solaires sur des infrastructures déjà en place, comme les autoroutes ou les barrages, restent de loin les plus largement soutenues. 94% des électrices et électeurs approuvent de tels emplacements. En 2026, l’utilisation d’installations solaires sur des toits et des façades adaptés a également reçu une forte approbation, même si cela nuit à l’esthétique traditionnelle des lieux (70%). Le développement de l’énergie solaire conserve ainsi une forte légitimité sociale tant que des surfaces déjà en place peuvent être exploitées.
En outre, on constate également une ouverture relativement élevée aux interventions dans les espaces alpins. Ainsi, bien qu’un peu moins soutenue, la création de nouveaux lacs de barrage sur d’anciens sites glaciaires continue d’être approuvée par une majorité (70%, -6 pp).
De plus, 59% des électrices et électeurs ne s’opposent pas à l’installation d’éoliennes sur les collines ou à proximité d’immeubles résidentiels. L’acceptation de nouvelles infrastructures énergétiques visibles dans le paysage reste donc majoritaire, ce qui reflète l’importance accordée à la production nationale d’électricité. Les grandes installations solaires en montagne, sur des prairies libres, sont également acceptées par une petite majorité (52%).
47% ne s’opposent pas à l’installation d’une centrale nucléaire dans une région voisine située dans un rayon de dix kilomètres. L’attitude à l’égard des solutions fossiles reste un peu plus réservée. La présence d’une centrale au gaz à dix kilomètres du domicile n’est soutenue que par 44% (+5 pp) et reste donc nettement en deçà des formes renouvelables de production d’électricité.
Initiative «Stop au blackout»
L’ouverture croissante à l’égard d’une approche ouverte sur le plan technologique se reflète également dans l’initiative dite «Stop au blackout». Après que les résultats précédents ont mis en évidence une acceptation croissante de l’énergie nucléaire ainsi qu’une attention accrue portée à la sécurité de l’approvisionnement, l’initiative elle-même dispose désormais d’une potentielle base majoritaire.
Si l’initiative «Stop au blackout» était votée aujourd’hui, 55% des électrices et électeurs seraient plutôt ou clairement d’accord, tandis que 36% rejetteraient le projet.
En 2025, la proportion de «oui» n’était encore que de 46%. L’initiative a donc gagné du soutien en l’espace d’un an. La part des personnes indécises reste relativement faible (9%). En revanche, la situation est un peu plus ambivalente en ce qui concerne le contre-projet, lequel se limite à la levée de l’interdiction de construire de nouvelles centrales nucléaires. Bien que 50% des personnes interrogées s’y déclarent favorables, le rejet reste relativement élevé (44%). La polarisation est également plus marquée: la proportion de rejets fermes (22%) est nettement plus élevée que pour l’initiative.
Avec l’approbation croissante de l’initiative «Stop au blackout», la perception des arguments associés se déplace également. Le lien entre sécurité d’approvisionnement, stabilité économique et ouverture technologique rencontre un écho particulièrement fort.
Les réflexions relatives à la politique économique et à la politique d’approvisionnement sont celles qui recueillent le plus d’approbation. 73% des électrices et électeurs estiment qu’un approvisionnement fiable en électricité renforce l’économie et encourage les entreprises à rester en Suisse, et que la construction de nouvelles centrales nucléaires ne résoudrait pas les problèmes d’approvisionnement à court terme. Parallèlement, 70% des électrices et électeurs soulignent que toutes les technologies respectueuses du climat, y compris l’énergie nucléaire, doivent être utilisées et faire l’objet de débats. L’idée selon laquelle la combinaison de l’énergie nucléaire et des énergies renouvelables serait judicieuse est également largement partagée (62%).
L’évolution de l’argumentaire concernant les énergies renouvelables est également notable. Aujourd’hui, une majorité de 55% soutient l’affirmation selon laquelle le solaire et l’éolien ne garantiraient pas l’approvisionnement en électricité et qu’il faudrait donc des centrales nucléaires (+11 pp). Cela reflète les préoccupations croissantes concernant la sécurité d’approvisionnement. En revanche, l’idée selon laquelle l’adoption de l’initiative entraînerait la création de nouvelles centrales nucléaires, avec des coûts élevés et des risques importants à long terme, recule légèrement (54%, -4 pp). Près de la moitié des personnes sont également convaincues que les centrales nucléaires sont nécessaires pour répondre aux besoins énergétiques importants des centres de calcul liés à l’IA (49%). En revanche, l’affirmation selon laquelle l’initiative empêcherait les investissements dans les énergies renouvelables et freinerait les progrès perd beaucoup de terrain (-10 pp). Cet argument passe ainsi pour la première fois sous la barre de la majorité. Or, selon l’analyse d’impact, il s’agirait là du principal moteur du rejet de l’initiative et du contre-projet.
Accord sur l’électricité et libéralisation du marché
Après avoir atteint son plus haut niveau l’année dernière, le soutien d’un accord sur l’électricité avec l’UE connaît à nouveau un certain ralentissement en 2026. Il reste néanmoins clairement majoritaire et se maintient à un niveau relativement élevé.
Actuellement, 66% des électrices et électeurs se prononcent fortement ou plutôt en faveur d’un accord sur l’électricité avec l’UE.
Cela correspond à une baisse de 13 points de pourcentage par rapport à 2025. En parallèle, l’opposition augmente à nouveau légèrement: 23% sont plutôt ou très contre (+6 pp). Malgré ce recul, l’approbation reste nettement plus élevée qu’en 2022 ou 2024. L’accord sur l’électricité continue d’être perçu par une large majorité comme une contribution judicieuse à la sécurité d’approvisionnement.
Les arguments relatifs à l’accord sur l’électricité sont souvent jugés ambivalents et marqués par l’incertitude. Bien que l’accord reste majoritairement associé à la sécurité d’approvisionnement, de nombreuses implications concrètes restent floues pour une partie importante de la population. La forte proportion de personnes sans position claire est particulièrement notable, ce qui indique encore un manque de stabilité dans les opinions. Cela est probablement lié aux nombreuses incertitudes géopolitiques actuelles qui touchent directement l’approvisionnement en énergie et le marché européen de l’énergie.
L’argument le plus convaincant est celui concernant la sécurité d’approvisionnement. 71% estiment que l’accord sur l’électricité est important parce qu’il garantit les importations d’électricité nécessaires en hiver. Selon l’analyse d’impact, il s’agirait là d’un facteur central pour le soutien à l’accord sur l’électricité. En ce qui concerne les autres arguments, les opinions sont nettement plus partagées. Ainsi, 44% sont d’accord avec l’affirmation selon laquelle l’accord sur l’électricité apporterait plus de sécurité juridique.
De même, 36% se prononcent contre, tandis que 20% ne prennent pas de position claire. Des résultats similaires apparaissent concernant les effets sur le développement des énergies renouvelables ou sur une éventuelle hausse des prix de l’électricité liée à l’ouverture du marché.
En ce qui concerne les questions relatives à la souveraineté nationale, le tableau reste également hétérogène. 42% craignent qu’en raison de l’accord sur l’électricité, la Suisse perde en autonomie sur ses centrales de réserve, contre 35% qui ne partagent pas cette inquiétude. L’incertitude est aussi particulièrement marquée sur les aspects institutionnels: près d’une personne sur quatre ne se prononce pas sur une éventuelle perte de compétence des cantons sur leur hydraulique. Enfin, l’argument selon lequel l’accord sur l’électricité entraînerait une baisse des prix de l’électricité est particulièrement peu convaincant. Seuls 29% sont d’accord avec cette affirmation, tandis que près de la moitié la rejettent. En revanche, le lien avec les Bilatérales III suscite plus d’approbation que de scepticisme.
Nous rassemblons les conclusions de cette étude sous les thèses suivantes:
En 2026, le soutien aux énergies renouvelables reste largement majoritaire, même si les motivations évoluent. Les énergies renouvelables sont de moins en moins associées exclusivement à la lutte contre le changement climatique, et de plus en plus à la sécurité d’approvisionnement et à la réduction de la dépendance vis-à-vis de l’étranger. Parallèlement, les inquiétudes augmentent quant à la capacité de la politique énergétique actuelle à garantir l’approvisionnement à long terme en électricité. L’urgence d’agir dans le domaine de la politique énergétique se fait donc de plus en plus ressentir.
Dans la gestion des conflits d’objectifs au sein de la politique énergétique, la sécurité d’approvisionnement, la stabilité des prix de l’électricité et le développement de la production nationale d’électricité revêtent une nouvelle importance. La population se montre de plus en plus disposée à accepter des interventions dans la protection des paysages ou un assouplissement des procédures d’autorisation pour le développement de la production d’énergie. Par ailleurs, le développement des énergies renouvelables reste clairement prioritaire, en particulier pour le solaire et l’hydraulique. La transition énergétique continue donc de réunir une majorité, mais doit davantage être conciliée avec la sécurité d’approvisionnement et la stabilité économique.
La nette ouverture à l’égard de l’énergie nucléaire est particulièrement frappante. La poursuite de l’exploitation des centrales en place comme la construction de nouvelles installations de nouvelle génération bénéficient désormais d’un large soutien. Parallèlement, les doutes augmentent quant à la capacité des énergies renouvelables à couvrir à elles seules les besoins futurs en électricité. Le débat évolue ainsi d’une position plutôt défavorable à l’énergie nucléaire vers une discussion plus pragmatique sur la sécurité d’approvisionnement et l’ouverture technologique. L’initiative «Stop au blackout» en profite également et bénéficie désormais d’un soutien majoritaire.
Malgré la stabilité de nombreuses positions de fond, les questions de politique énergétique restent marquées par des incertitudes. Cela se reflète notamment dans l’accord sur l’électricité avec l’UE: bien qu’une majorité continue à associer l’accord à la sécurité d’approvisionnement, de nombreuses conséquentes concrètes sont perçues de manière ambivalente. Le pourcentage élevé de personnes sans position claire montre que les tensions géopolitiques, les discussions sur les dépendances internationales et le débat sur l’approvisionnement futur en électricité influencent fortement la perception actuelle de la politique énergétique.
– Donneur d’ordre: Association des entreprises électriques suisses AES
– Population analysée: électrices et électeurs suisses maîtrisant l’une des trois langues nationales
– Méthode d’enquête: mode mixte (enquête en ligne et par téléphone)
> En ligne: panel interne en ligne «Polittrends» auprès des électrices et électeurs
> Par téléphone: (CATI) avec Random Digit Dialing
– Taille de l’échantillon: total des personnes interrogées N = 1015
> n DCH: 706
> n FCH: 247
> n ICH: 62
> n Panel en ligne: 305
> n Enquête téléphonique: 710
– Pondération: Pondération à double base («dual frame»), âge/sexe, langue, type d’habitation, formation et parti
– Erreur d’échantillonnage: ±3,1% à 50/50 et probabilité de 95%
– Période du sondage: 23 mars au 15 avril 2026