L'accueil de jour des enfants dans le canton de Vaud

Besoins, expériences et choix des parents vaudois en matière de garde d'enfants

FAJE - Fondation pour l’accueil de jour des enfants

Objectifs et profil de l’étude

Sur mandat de la Fondation pour l’accueil de jour des enfants FAJE, gfs.bern a examiné les besoins, les expériences et les choix des parents vaudois en matière de garde d’enfants.

La FAJE a souhaité apporter ainsi une contribution concrète et utile au dialogue pour le développement de la politique d’accueil de jour sur le Canton de Vaud.

Après l’évaluation d’un groupe de discussion avec des parents vaudois et consultation avec le comité de pilotage de la FAJE, gfs.bern a élaboré un questionnaire sur la situation dans le canton de Vaud.

 

Un plan d’échantillonnage a été élaboré avec les spécialistes du comité de pilotage. Le Prof. Dr. Beat Hulliger a conçu l’échantillon. Statistique VD, représentée par Audrey Mouton, a pu fournir les adresses des familles vaudoises.Ainsi les parents de 2015 enfants du canton de Vaud ont pu être interrogés. L’enquête s’est déroulée de septembre à novembre 2022.

Les graphiques ci-après donnent un aperçu des principaux résultats de l’enquête. La méthodologie est détaillée à la fin du rapport. Un rapport final détaillé suivra au printemps 2023.

Situation actuelle de la prise en charge

Forte demande d'accueil de jour pour les enfants vaudois

Deux tiers des enfants vaudois sont régulièrement pris en charge en dehors du noyau familial, c’est-à-dire par une structure ou une personne externe. L’accueil extra-familial est donc une réalité pour de nombreuses familles vaudoises et la demande de différentes offres de garde est importante.

En moyenne, les enfants sont pris en charge à l’extérieur 3,7 demi-journées par semaine. Cette valeur varie toutefois considérablement (écart-type : 3,4 demi-journées). Les enfants non scolarisés sont pris en charge en moyenne 5,2 demi-journées par semaine à l’extérieur, alors que les enfants scolarisés ne sont pris en charge que 3 demi-journées, car l’école couvre une partie du temps de prise en charge.

 

 

Les offres de garde sont alors particulièrement utilisées pour les jeunes enfants. Leur utilisation diminue avec l’âge (moins de 4 ans : 78 %, 4-10 ans : 65 %, 11-12 ans : 35 % régulièrement gardés par des tiers) et avec le nombre d’enfants dans une famille  (1 enfant : 76 %, 2 : 68 %, 3 : 53 %, 4 : 37 %, 5 enfants ou plus : 38 %).

Le recours aux services de garde externes augmente en outre avec le revenu du ménage de ces enfants. Dans les familles dont le revenu mensuel ne dépasse pas 5000 CHF, la part des enfants pris en charge par des tiers est de 40 %, dans le groupe de revenus moyens, elle est déjà de 63 % et dans les familles dont le revenu mensuel est de 13 000 CHF ou plus, elle atteint 84 %.

La majorité des enfants vaudois sont accueillis régulièrement dans une (49%) ou maximum deux (39%) structures. Quatre modes de garde différents sont le maximum mesuré ici et représente une réalité pour 2 % des enfants. Les 10 % restants sont accueillis régulièrement dans trois types d’accueil différentes.

Dans l’ensemble, la plupart des enfants sont accueillis dans des structures d’accueil pour écoliers (UAPE, APEMS, etc.) ou par leurs grands-parents. Mais les crèches et les familles de jour sont également des piliers importants de l’accueil des enfants dans le canton de Vaud.

La garde privée des enfants dans son propre ménage ou dans des écoles privées est clairement l’exception.

Il va de soi que la forme de garde choisie dépend de l’âge des enfants. Les enfants en âge préscolaire sont principalement pris en charge dans des crèches, par des grands-parents et des familles de jour. En revanche, les enfants d’âge scolaire sont plutôt accueillis dans des structures d’accueil pour écoliers, par des grands-parents et dans des cantines, réfectoires ou restaurants scolaires.

La principale raison pour laquelle les parents de 53% des enfants ont recours à une garde régulière est un choix professionnel, pour 36 % d’entre eux, il s’agit plutôt de contraintes économiques ou d’exigences de l’employeur des parents.

6 % des enfants sont régulièrement pris en charge par des personnes ou des structures extérieures pour des raisons pédagogiques, et 2 % supplémentaires pour donner de la liberté aux parents.

Les coûts plaident principalement en défaveur d'une garde d'enfants externe

Les raisons pour lesquelles les parents vaudois décident de ne pas faire garder leurs enfants à l’extérieur sont multiples. Pour un quart de ces enfants non gardés régulièrement, le besoin n’existe tout simplement pas. Pour environ un enfant sur cinq, ce n’est pas nécessaire parce que l’un des parents ne travaille pas ou parce que les parents ont pris la décision consciente de garder eux-mêmes leurs enfants.

14 % des enfants n’ont pas besoin d’une garde externe parce qu’ils sont déjà autonomes. Ces raisons sont de nature personnelle et ne relèvent pas du domaine d’organisation de la FAJE.

 

Mais le plus souvent, les enfants ne sont pas gardés régulièrement à l’extérieur parce que les coûts sont trop élevés (27 %). Pour un enfant sur huit qui n’est pas pris en charge régulièrement, il n’y a pas de place disponible et les parents de 13 % des enfants qui ne sont pas pris en charge régulièrement ont dû arrêter de travailler pour pouvoir s’occuper de leurs enfants.

Pour 8 %, les conditions des institutions sont trop rigides. 7 % ne sont pas pris en charge parce que les offres sont difficilement accessibles. Pour 5 % des enfants, il n’a pas été possible de trouver une structure d’accueil adaptée. De même, pour 5 %, les horaires d’ouverture de l’établissement ne conviennent pas.

Satisfaction mitigée concernant les possibilités de garde externe

Les parents de la majorité des enfants qui sont régulièrement gardés par une structure ou une personne jugent l’organisation de cette garde (très) bonne. Seuls 8 % la jugent mauvaise à très mauvaise. Les parents d’un enfant sur cinq estiment que l’organisation est suffisante et 2 % ne donnent aucune indication.

La complexité de l’organisation augmente toutefois avec le nombre d’enfants. A partir de 4 enfants et plus, les jugements sur l’organisation de la garde externe des enfants deviennent de plus en plus critiques (1 enfant : 10%, 2 enfants : 6%, 3 enfants : 7%, 4 enfants : 14%, 5 enfants ou plus : 39% mauvais/très mauvais).

 

Dans l’ensemble, la satisfaction à l’égard des offres de garde d’enfants externes dans le canton de Vaud est donnée pour les parents d’une majorité des enfants (56 %). Les parents de 26 % des enfants se montrent critiques, pour 15 % le jugement des parents est indifférent.

Si l’on ne prend en compte que les parents qui font effectivement garder leurs enfants, les avis positifs des parents augmentent toutefois à 68 % des enfants, les avis négatifs se maintiennent à 29 %. Les avis des parents qui ne font pas garder leurs enfants sont partagés : Pour 31 % des enfants les parents jugent positivement les possibilités de garde d’enfants dans le canton, pour 30 % négativement. Pour 39 % de ces enfants non-gardés les parents ne se prononcent pas à ce sujet.

Lorsque l’on demande aux parents des enfants vaudois d’évaluer le(s) mode(s) de garde qu’ils ont effectivement choisi(s) pour leurs enfants, les jugements sont plus positifs. Tous les modes de garde choisis satisfont fortement les parents des enfants gardés.

C’est particulièrement vrai pour les grands-parents, les jardins d’enfants, les voisin(e)s, l’accueil en milieu familial et les écoles privées, où plus de la moitié des parents des enfants qui y sont accueillis se déclarent très satisfaits.

Les critiques les plus fréquentes concernent les services d’accueil scolaire tels que la cantine, le réfectoire ou les restaurants scolaires ou les structures d’accueil pour écoliers.

Ainsi, les jugements généraux des parents sur la situation dans le canton de Vaud sont nettement plus critiques que les jugements sur les structures d’accueil spécifiques de leurs propres enfants.

Attitudes générales vis-à-vis de l'accueil de jour des enfants

Un rôle fort des pouvoirs publics est souhaité

La décision d’avoir des enfants peut être personnelle, mais les parents vaudois ne se sentent pas pour autant seuls responsables de ces enfants.

Pour les parents de 71 % des enfants les pouvoirs publics ont une responsabilité centrale envers les familles, car elles sont essentielles à la pérennité de notre société. Ce sont seulement les parents de 18 % des enfants vaudois qui éstime que ce sont les parents qui doivent s‘ occuper des enfants de manière autonome. Les parents de 11 % sont indécis ou sans opinion.

 

Il en va de même lorsqu’il s’agit de la conciliation de la vie professionnelle et de la vie familiale.

Seuls les parents de 14 % des enfants considèrent que les employeurs sont responsables sur ce point.

En revanche, les parents de 70 % des enfants vaudois considèrent que les pouvoirs publics sont responsables. Les parents de 16 % ne peuvent ou ne veulent pas se situer sur cet axe de valeurs.

Points positifs et névralgiques de l'accueil des enfants

Les parents d’enfants vaudois ont été interrogés sur leur attitude générale à l’égard de l’accueil de l’enfance. Ces déclarations permettent d’identifier les aspects positifs mais aussi les points névralgiques de l’accueil des enfants dans le canton de Vaud.

Un tel point névralgique concerne la prise en charge des enfants malades. Les parents de 77 % des enfants indiquent que leur solution de garde n’offre aucune solution en cas de maladie. En outre, les parents de 64 % des enfants régulièrement gardés n’ont pas vraiment le choix en matière de garde et doivent simplement se contenter de l’offre disponible. Le prix de l’accueil de jour semble également être un problème, car pour les parents de 61 % des enfants, il est trop élevé.

 

 

En outre, les parents de 49% des enfants indiquent que la prise en charge ne serait pas possible sans l’aide de proches.

Les avis sont partagés en ce qui concerne la difficulté à trouver une place d’accueil et la flexibilité des solutions de garde : Les parents de la moitié des enfants indiquent qu’il a été facile de trouver une place d’accueil, 46 % sont d’un avis contraire. Pour les parents de 47 % des enfants, il y a un manque de flexibilité dans la solution de garde, pour 45 % ce n’est pas le cas.

Le fait que les parents de 63 % des enfants vaudois sachent à qui s’adresser en cas de questions sur les offres de garde ou d’incertitudes est un point positif. Le fait que la solution de garde choisie ne représente pas un compromis pour les parents d’une majorité d’enfants est également positif.

Choix d'une offre optimale

Importance des différents facteurs dans la décision

Si l’on interroge directement les parents vaudois qui font garder leurs enfants régulièrement sur l’importance de différents facteurs dans leur choix d’une offre de garde, on obtient le classement illustré ci-dessous.

En tête du classement des facteurs décisifs, on trouve le lieu de la structure d’accueil ou sa proximité avec le domicile ou le lieu de travail.

La confiance arrive en deuxième position et la disponibilité des places d’accueil en troisième.

 

Le professionnalisme du personnel, les coûts et les heures d’ouverture sont également considérés comme des critères d’importance moyenne à élevée.

Les facteurs tels que le concept pédagogique, une alimentation saine, les locaux ou la flexibilité des prestations d’accueil ont été nettement moins pris en compte dans le choix d’une offre d’accueil.

Les parents interrogés estiment que les prestations supplémentaires telles que les langues étrangères, les journées en forêt ou autres sont les moins importantes.

Expérience de décision fictive

Dans un deuxième temps, les parents ont été invités à une expérience de décision (analyse conjointe). Dans le cadre de cette expérience de décision, différentes options d’aménagement de places de crèche ont été intérrogées.

Chaque personne devait choisir entre cinq options d’aménagement pour un enfant fictif de 2 ans. Ces offres se différenciaient à chaque fois en termes d’heures d’ouverture, de distance par rapport au domicile, de flexibilité des jours de garde, de locaux, de personnel, de taille du groupe et de prix.

La taille réduite des groupes et la distance à pied du domicile, qui ne doit pas dépasser dix minutes, sont clairement très importantes. Les changements fréquents de personnel sont très critiques. En comparaison, les heures d’ouverture et l’homogénéité des groupes sont nettement moins importantes. Une certaine flexibilité des prix, de l’ordre de 10 pour cent, existe lorsque la situation du personnel est stable, que la crèche est proche et que les groupes sont petits.

Le graphique présente, pour les différentes dimensions, les pourcentages qui privilégient un aménagement sur l’une des sept dimensions interrogées, tout en contrôlant les autres dimensions. Les plus grandes variations concernent les préférences réelles pour lesquelles les crèches peuvent se profiler positivement ou négativement.

 

C’est là que l’on peut s’attendre le plus à des changements dans la situation d’accueil si l’offre de crèches venait à changer.

La dimension de la distance est centrale : 89 % préfèrent une crèche située à 10 minutes à pied maximum de leur domicile. Cinq minutes de plus suffisent à modifier très fortement la préférence.

87 % refusent une crèche dès qu’il y a des changements fréquents de personnel ou des absences. Le personnel n’est pas forcément la raison d’une décision en faveur d’une crèche, mais plutôt une raison de ne plus utiliser l’offre.

En revanche, la taille du groupe est à nouveau plutôt un moteur positif. 85 % choisissent une offre en premier lieu lorsque la taille du groupe est petite.

Les heures d’ouverture le matin ou le soir, la flexibilité en cas de changement ainsi que l’homogénéité de la composition des groupes sont moins importantes. Certes, l’aménagement peut être meilleur ici aussi et est parfois choisi en majorité, mais il semble clairement plus important pour le choix de la crèche que la distance à pied soit très agréable et que la situation du personnel soit stable.

Dans une certaine mesure, on peut admettre une flexibilité des prix. Une majoration de prix de 10 % peut être acceptée si l’offre correspond particulièrement bien aux besoins.

Monde idéal

Davantage de jours de garde et davantage de travail à temps partiel

Dans un monde idéal, les parents feraient garder leurs enfants environ un jour de plus par semaine qu’actuellement, soit en moyenne 4,5 jours (écart-type : 2,8 demi-journées).

Dans ce contexte, le modèle de travail idéal pour les parents de 70% des enfants vaudois serait que les deux parents travaillent à temps partiel et s’occupent tous deux des enfants. Pour les parents de 15% des enfants, le modèle idéal serait que l’un des parents reste à la maison et s’occupe des enfants, tandis que l’autre travaille à plein temps. Un modèle de travail où les deux parents travaillent à temps plein serait idéal pour les parents de 8 % des enfants et 2 % trouveraient idéal que les deux parents puissent rester à la maison et s’occuper des enfants.

Cependant, seuls les parents de 30 % des enfants vaudois peuvent organiser leur modèle de travail comme ils le souhaitent.

 

 

Pour la majorité des parents qui ne peuvent pas vivre leur modèle de travail idéal, ce sont des motifs financiers ou professionnels qui sont déterminants. Il est plutôt rare que ce soit l’absence de solution de garde qui soit en cause.

Lorsqu’il s’agit de la solution de garde dans un monde idéal, il est frappant de constater que les parents souhaiteraient encore plus de garde par les grands-parents ou la famille, et moins de garde par l’école. Les exceptions étant les cantines ou les restaurants scolaires, que les parents seraient plus nombreux à utiliser qu’actuellement. Le souhait d’une garde privée des enfants serait également plus important que ce qui est actuellement utilisé. Pour les enfants les plus jeunes, le choix se porterait avant tout, dans un monde idéal, sur une prise en charge plus importante dans les jardins d’enfants.

Données techniques clés

La présente étude se base sur une enquête écrite en mode mixte menée auprès de parents d’enfants représentatifs âgés de 0 à 12 ans dans le canton de Vaud.

L’enquête s’est déroulée en ligne après un premier contact et de rappels par courrier, avec la possibilité de remplir un questionnaire papier.

L’enquête a été menée en quatre langues (français, allemand, italien et anglais) de septembre à novembre 202 2.  2015 parents d’enfants du canton de Vaud y ont participé, ce qui correspond à un taux d’exploitation de 41 %.

En moyenne, les parents interrogés ont mis 23,5 minutes pour remplir le questionnaire.

Commettant : FAJE – Fondation pour l’accueil de jour des enfants
Corpus de base : Enfants vaudois âgés de 0 à 12 ans
Relevé des données : par écrit (en linge/papier)
Nature de l’échantillonnage : Stratification avec 3 zones géographiques croisées avec 6 classes d’âge selon l’âge scolaire
Période d’enquête : 17 septembre – 17 novembre 2022
Jour médian de l’enquête : 16 octobre 2022
Taille de l’échantillon : 2015
Marge d’erreur d’échantillonnage : ± 2.2 points de pourcentage d’une valeur de 50% (et probabilité de 95%)
Pondération selon : zone géographique, âge de l’enfant
Durée de l’enquête moyenne : 23.5 minutes (écart-type : 10.0 minutes)